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Adrénaline Addict

Adrénaline Addict

Le Blog de Bruno, copilote de Rallye, #Blogueur multipolaire #Epicurien #Expatrié, #Adrénaline Addict, #Photographe compulsif et #Médiavore. De l'humeur, des infos, des réactions, de l'action mais surtout du Rallye, beaucoup de Rallye !!!


Putain de saison...

Publié par le Copilote Masqué sur 21 Juin 2012, 21:47pm

Catégories : #L'essentiel

Elle, c’est Lucie Vauthier, elle a 28 ans, elle pilote une Citroën C2R2 Max, ce week-end, elle prenait le départ du Rallye vins de Mâcon avec à sa droite, son binôme, sa copi, Cécile Pagès.

 

Lui, c’est Gareth Roberts, il a 24 ans, il copilote à bord d’une Peugeot 207 Super 2000, ce week-end, il prenait le départ du Rallye Targa Florio en IRC avec à sa gauche, son binôme, son pilote, Graig Been.

 

Lucie, Lorraine d’origine, Lilloise de cœur et Parisienne par raison a commencé à courir en Rallye en 2010, un passage sur la terre, puis l’asphalte, notamment un Rallye Vosgien, puis le Championnat de France avec un Touquet et la passion chevillée au corps !

 

Gareth, Gallois, une des plus belles promesses d’outre manche, vainqueur de la WRC Academy Cup de la FIA avec Graig Been, Gareth, une trajectoire fulgurante et la passion chevillée au corps !

 

Ces deux là partagent la même passion, la mienne, la votre, la notre, celle du Rallye, avec toutes ses équations, sa jouissance, sa cruauté, sa complexité, sa rigueur, sa précision, son osmose, sa communion, sa fusion, sa radicalité, sa justesse, son intensité, son code d’honneur ; le Rallye, cet Art mineur que l’on écrit en majuscules sur nos cahiers de notes et que l’on encense en capitales ensuite !

Ce combat si intense, si dense qui vous jette dans l’arêne pour défier les plus audacieux et valeureux de vos adversaires, ce plaisir divin, qui vous donne cette boule à l’estomac, celle là même qui vous rappelle combien vous êtes vivant, jusqu’à sentir ces décharges d’Adrénaline couler dans vos veines de manière obsessive et compulsive, ce moment zéro, que l’on attend tous, ces préliminaires qui précèdent le combat, ces rituels qui n’appartiennent déjà plus qu’à vous deux, ce carnet que l’on vous tend, ce regard du pilote qui est déjà absent, posé là bas au loin sur cette ligne imaginaire, notre mur du son à nous, et puis cet ultime instant où l’on resserre machinalement son harnais, le cahier de notes dans les mains et où vos yeux se posent sur le décompte électronique, ce silence soudain d’une fraction de seconde où le Peltor vous renvoie la respiration de l’autre, tout est en place et déjà le commissaire qui décompte vous apparaît lointain, le Go arrive, moment unique où, d'une respiration, une seule, vous plongez dans une apnée mentale, au sein de vos notes, pour jouer une fois de plus la symphonie parfaite si cela était possible, en quête d'un Grâal unique, la décharge d'Adrénaline du chrono, l’Everest du scratch, la jouissance extrême du podium, qui vous laissera là, pantelant, en transit pendant encore un instant vers ce monde autour de votre habitacle et vous délivrera finalement pour vous livrer à l'ivresse collective, telle une naissance à nouveau, un premier baiser à l'infini. Et déjà vous saurez que demain, ou après-demain, ou la semaine ou le mois prochains vous irez à nouveau chercher ce chrono, cette sensation, cette décharge électrique, parce que ce goût, là, sur vos lèvres, dans votre coeur, dans votre corps qui se relâche enfin, entêtant, enivrant ne vous lâchera plus, jamais…

 

Pour ma part je ne saurais vraiment dire à quel moment le déclic est réellement venu mais pourtant deux images sont fondatrices de cette passion, enfant, mes pieds ont foulé cette latérite Ivoirienne, avant même que de connaître les affres du froid et de la rigueur vestimentaire occidentale, enfant, mes sens et goûts en éveil ont vibré sous cette chaleur et le goût âcre de cette terre rouge. Enfant, les pistes du nord de la Côte d’Ivoire ont été mon premier terrain de jeu. Adolescent, le Rallye du Bandama, véritable Everest de la discipline à l’époque est un « voisin » somme toute « normal » et le Mondial n’est qu’une appréciation supplémentaire. Quelques années plus tard, changement de tonalité, service militaire chez les Chasseurs Alpins du côté de Barcelonnette, nous sommes en 1986, une Audi Quattro S1 arrache des gerbes de neige et déchaîne les enfers sur son passage, à cet instant, je le sais, je le sens, mon cœur vibre pour ce sport, mes sens réagissent à ces odeurs, ces sonorités…

1986 encore, quelques mois plus tard, je suis devant ma télé, Tour de Corse, et je n'oublierais jamais ces images du maquis Corse avec cette fumée soudain funeste et porteuse de malheurs qui s'élevait dans le lointain...

1986, je venais d'avoir vingt ans et mes héros étaient des gladiateurs des temps modernes domptant leurs fauves rugissants, la Légende venait de s’octroyer deux étoiles de plus en même temps que disparaissait son joyau le plus pur, le plus talentueux et explosif, je venais d'avoir vingt ans et mon dictionnaire disait : "...Gladiateurs (du latin: gladiatores  ) étaient des combattants professionnels, qui se battaient entre eux ou contre des fauves pour le divertissement du public....".

Je venais d'avoir vingt ans, et j’ai su, qu’un jour je me glisserais dans un baquet, il était un héros pour moi, on le dénommait le Petit Prince, il allait avoir trente ans...

Cette disparition tragique était malheureusement là pour nous rappeler que notre discipline est un sport à risque, risque qui, même s'il est identifié et "maîtrisé" reste latent, omniprésent dans nos esprits lors de la préparation d'une épreuve, cette maîtrise, cette préparation ne sont malheureusement pas des saufs conduits, le risque est réel et ce samedi 16 juin 2012 Lucie et Gareth unis par cette même passion en ont payé le prix fort…

Ce sacro-saint baquet, c'était le leur, ils ont partagés ces rituels d’avant départ, probablement ressenti cette adrénaline, fixé ce décompte, vu ce commissaire et sa main, ce baquet cela aurait pu être le votre, le mien ou celui de n'importe quel autre passionné, difficile donc ce soir de ne pas accuser le coup, de ne pas sentir cette fatalité, cette injustice s’imposer.

Ce sacro-saint baquet qui nous apporte tant de joies, de bonheur et de passion partagée est souvent le témoin privilégié de nos moments les plus intimes et intenses, de nos décharges d'adrénaline les plus puissantes, de nos moments les plus tristes aussi parfois comme ce week end... du pire.

 

Alors, ce week-end prochain, à l’occasion des dernières recos du tracé du Bandama de fin d’année, nul doute que dans nos habitacles respectifs cette image et ce souvenir seront là, pour nous rappeler que malgré toute sa beauté, toute son intensité, notre sport reste un sport où l’effort magnifie l’acte, où la symbiose transcende l’humain, où l’espace de quelques instants l’on va cotoyer le divin, l’absolu, mais qu’au final, les Dieux seuls fixent les règles, Putain de saison !!!

 

Samedi 16 juin 2012, 8ème ES du Rallye Targa Florio, sortie de la Peugeot 207 Super 2000 n°15, Graig Been, le pilote est indemne, Gareth Roberts, 24 ans, le copilote décèdera sur place…

 

Samedi 16 juin 2012, 9ème ES du Rallye des Vins Mâcon, sortie de la Citroën C2 R2 Max n°70, Cécile Pagès la copilote ressortira de l’hôpital dans le week-end, Lucie Vauthier gravement touchée se battra avec l’énergie et la détermination des géants de ce sport, notre sport, et puis, finalement, nous quittera aujourd’hui…

 

Toutes mes condoléances et pensées aux familles, amis, proches et concurrents de Lucie et Gareth, pensées également pour Cécile et Graig, putain que ce sport est beau, putain que ce sport est cruel parfois !!!

 

Elle, c’est Lucie Vauthier, elle a 28 ans, elle pilote une Citroën C2R2 Max, ce week-end, elle prenait le départ du Rallye vins de Mâcon avec à sa droite, son binôme, sa copi, Cécile Pagès.

 

Lui, c’est Gareth Roberts, il a 24 ans, il copilote à bord d’une Peugeot 207 Super 2000, ce week-end, il prenait le départ du Rallye Targa Florio en IRC avec à sa gauche, son binôme, son pilote, Graig Been.

 

Tous les deux vivaient cette passion pleinement, deux superbes sourires nous ont quittés, deux nouvelles étoiles brillent mais en ce 21 juin 2012, à nouveau, c’est l’hiver qui nous a pétrifiés…

 

 

 

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V.P 22/06/2012 00:16


Le Rallye c'est notre passion, mais c'est aussi un sport à risques et malheureusement parfois des pilotes, des copilotes, nous quittent brusquement, deux en quelques jours c'est beaucoup mais
nous l'aimons tellement ce sport que pour nous et surtout pour eux qui sont partis nous devons continuer. R.I.P Lucie R.I.P Gareth.

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